Interview de Monsieur Eric CHARTON, expert en sécurité informatique.
Journal « La Nation »
 
1.      Monsieur Eric CHARTON, vous venez d'animer un atelier sur la sécurité informatique à Djibouti. Pouvez-vous vous présenter au public djiboutien?
Je suis chercheur au Laboratoire d'Informatique d'Avignon, je travaille sur une plateforme d'authentification biométrique (le projet Mistral, financé par l'Agence Nationale de la recherche). J'ai au cours des dernières années écrits plusieurs ouvrages et articles de presse sur la sécurité des systèmes d'information, le phénomène des spywares et sur les virus. J'ai également été expert à la Commission Européenne sur des projets d'administration électronique. Ces expériences me donnent une vision assez large de la problématique de la sécurité des systèmes d'information.
 
2.      Quelles sont les enjeux sur la sécurité informatique?
  Dans toute société, plus les systèmes d'informations se diffusent, que ce soit à travers des plateformes logicielles administratives, des réseaux locaux (d'entreprises ou gouvernementaux), ou tout simplement par la multiplication des tâches réalisées avec des ordinateurs, on observe un passage du « papier » archivé, diffusé, mémorisé et protégé de manière classique, vers le support numérique, qui à ses propres méthodes et enjeux. La problématique du support numérique, en terme de confidentialité mais aussi de conservation et de protection est très différente de celle du papier. Pourtant, au final, les besoins sont les mêmes. Les citoyens, les gouvernants veulent que les dossiers qu'ils soient sur papier ou numérisés bénéficient de la même rigueur de traitement.

Il est donc très important d'introduire une culture de la sécurité informatique pour adapter la société et les individus aux enjeux et conséquences de ces nouvelles formes de traitement de l'information.
  3.      Quelles sont les retombées d'une telle formation pour les informaticiens djiboutiens?
Une formation de cette nature doit améliorer l'existant, transmettre de nouvelles connaissances, inviter à de nouvelles pratiques. Systématiser l'utilisation de méthodes de prévention et de traitement du risque par exemple: nous avons parlé des Plan de Secours, qui permettent de traiter un incident tout en continuant à travailler, puis de reprendre une activité normale. Plus généralement, nous avons essayé d'initier les informaticiens Djiboutiens à l'utilisation de tout un ensemble d'outils logiciels de diagnostic et de protection. Je pense qu'à l'issue de ce séminaire, les administrateurs et les informaticiens que j'ai rencontré, qui étaient globalement tous d'un très bon niveau, ont acquis quelques réflexes supplémentaires. Ils ont fait preuve aussi d'une grande vivacité qui leur permettra de continuer dans leurs organisations respectives à améliorer la sécurité de leurs systèmes en mettant d'eux mêmes à jour leurs connaissances.

3.      Que pensez vous de la sécurité des systèmes d'informations à Djibouti ?
Il m'est difficile de me prononcer sur ce point. D'après les échanges que j'ai eu avec les informaticiens présents, il me semble que le niveau de sécurité au quotidien est acceptable. Le simple fait que les administrateurs  prennent le problème en considération est un bon signe.   L'introduction progressive de techniques d'ingénierie de la sécurité (Plan de sécurité, plan de retour à l'activité) devrait permettre à terme d'améliorer l'anticipation du risque informatique. En ce domaine, l'amélioration et la progression sont perpétuelles, et très liés à l'expérience acquise au fil du temps.

3.      C'est votre première visite de notre pays. Quelle impression avez vous eu?
C'est même mon premier voyage en Afrique ! J'ai été très bien accueilli : les Djiboutiens sont chaleureux et prévenants. J'ai apprécié le travail que nous avons fait lors de ce séminaire avec les responsables, informaticiens et administrateurs présents. Ils étaient curieux, sympathiques et très professionnels. J'ai aussi profité de mon passage pour visiter la région du lac Asal qui est magnifique.

3.      Un dernier mot?
J'aimerai remercier le Docteur Nimaan Abdillahi, Directeur de l'institut des sciences et des nouvelles technologies, pour avoir organisé ce séminaire. Tout était remarquablement préparé et organisé. Son travail dans le domaine des technologies de l'information et de la communication me semble très important pour Djibouti. L'idée de ce séminaire était bien choisie et correspondait à un réel besoin.

Je suis aussi depuis plusieurs années le travail qu'il réalise dans le domaine du traitement automatique de la parole pour les langues orales et peu dotées. Cet aspect de son travail est très novateur scientifiquement et très important. L'informatique est encore plus utile lorsqu'elle s'applique à la sauvegarde du patrimoine culturel. Cette dualité du concret (les TIC) et de l'informatique de haut niveau appliqué au patrimoine culturel (le traitement des langues africaines) fait, selon moi, de l'institut des sciences et des nouvelles technologies de Djibouti un lieu de grand avenir, avec un fort potentiel de rayonnement scientifique.  




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